“En art, tout vient simultanément ou rien ne vient ; pas de lumières sans flammes”. Albert Camus, L’envers et l’endroit
Quel est donc cet étrange dîner (Podivná večeře) auquel nous convie Michal Mráz à la Galerie Nová Síň de Prague jusqu’au 9 mai : un dîner entre amis, un dîner en famille, un dîner d’adieu… ou bien un dîner avec l’histoire ?

La grande salle immaculée de la galerie se transforme en un grand réfectoire où chaque toile, alignée sur le mur et tournée vers l’intérieur de la pièce, fait entrer le visiteur dans un espace où la convivialité rencontre la solitude. L’expérience du dîner, comme celle de l’art et de la vie, peut sembler collective… mais elle est irréductiblement subjective. C’est le moment où la trahison est toujours possible et où la familiarité peut dégénérer en hostilité. L’on regarde la scène comme on s’attable au souvenir et l’on mange les morceaux d’un passé qui se confond au présent. L’on visionne les archives et les reportages d’un monde d’hier comme les ruines du monde de demain. L’on s’interroge alors : apprend-on vraiment de nos erreurs ou sommes-nous les habitants d’un monde absurde guidé par un éternel recommencement ?

Courtesy Michal Mráz
Une succession d’images comme des réminiscences troubles ou des flash-backs qui réveillent des fantômes oubliés depuis longtemps. Lutter contre l’amnésie et la démence. Cette mémoire (aussi bien historique que personnelle), qui parfois nous manque, semble ressurgir comme des vapeurs d’essence… inflammables. L’ambiance du dîner devient corrosive et d’une inquiétante étrangeté, lorsque le regard s’abîme dans le palimpseste des jours, des visages et des lieux. Le temps n’a plus de prise, enseveli sous les décombres d’une existence en clair-obscur. Vivre ! Les figures en noir et blanc elles-mêmes se dissolvent dans une identité aussi reconnaissable que méconnaissable. Ce sont les autres autant que nous-mêmes… que l’on devine derrière les tâches et les brûlures.


Sous les yeux du visiteur, il y a ces instants où tout bascule… devant ou derrière l’écran. Tantôt voyeur, tantôt protagoniste… on y déguste la vie autant que la mort. On y connaît le chaud et le froid, la jouissance et la déchéance, la réalité et la fiction, le souvenir et l’oubli, le quotidien et l’accident, l’amour et la violence. Quoiqu’il advienne, le corps laisse ici et là une trace de son passage éphémère… une survivance comme une empreinte dans l’asphalte. Alors, il faut s’en convaincre : ce dîner ne sera pas le dernier !

Curator : Petr Mach
Partenariat : Jindřich Saidl
Plus d’infos :
https://www.instagram.com/michalmraz/
https://novasin.org/vystavy/michal-mraz-podivna-vecere/
https://www.instagram.com/galerienovasin/

Courtesy Michal Mráz
ENGLISH VERSION
Michal Mráz’s Weird Dinner
“In art, everything comes simultaneously or nothing comes; no light without flames. Albert Camus, The inside out and the outside
What is this strange dinner?(Podivná večeře) to which Michal Mráz invites us at the Nová Síň Gallery in Prague until May 9: a dinner with friends, a family dinner, a farewell dinner… or a dinner with history?
The gallery’s vast, immaculate room transforms into a grand refectory where each canvas, aligned against the wall and facing inward, draws the visitor into a space where conviviality meets solitude. The experience of dining, like that of art and life, may seem collective… but it is irreducibly subjective. It is a moment when betrayal is always possible and familiarity can degenerate into hostility. We watch the scene as we sit down to a meal of memory and eat the fragments of a past that blends into the present. We view archives and news reports of yesterday’s world as if they were the ruins of tomorrow’s. We then ask ourselves: do we truly learn from our mistakes, or are we the inhabitants of an absurd world guided by an eternal cycle of repetition?
A flow of images, like hazy reminiscences or flashbacks, awakens long-forgotten ghosts. A struggle against amnesia and dementia. This memory (both historical and personal), which sometimes eludes us, seems to resurface like fumes of gasoline… flammable. The atmosphere of the dinner becomes corrosive and unsettlingly strange as the gaze is lost in the palimpsest of days, faces, and places. Time loses its hold, buried beneath the rubble of a chiaroscuro existence. Living! The black and white figures themselves dissolve into an identity as recognizable as it is unrecognizable. It is others, as much as ourselves… whom one glimpses behind the stains and burns.
Before the visitor’s eyes, there are those moments when everything shifts… in front of or behind the screen. Sometimes a voyeur, sometimes a protagonist… one savors life as much as death. It knows heat and cold, reality and fiction, pleasure and downfall, memory and oblivion, the everyday and the accidental, love and violence. Whatever happens, the body leaves here and there a trace of its fleeting passage… a survival like a footprint in the asphalt. So, we must convince ourselves: this dinner will not be the last!
Curator: Petr Mach
Partnership: Jindřich Saidl
More info:
https://www.instagram.com/michalmraz/
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