Cet été, Tamara Kostianovsky présente ses nouvelles sculptures au ArtYard Center de Frenchtown, à mi-chemin entre New-York et Philadelphie. On prend la route avec elle vers de nouveaux paysages spectaculaires… celui des “Phantom Limbs” (Membres fantômes). Le titre se prononce volontairement comme le syndrome d’un monde où la beauté n’est pas exempte de douleur et où l’état de la nature est intrinsèquement révélateur de celui de la chair. Nos destins liés n’ont rien d’une destination de voyage ou d’une carte postale… ils appartiennent à la réalité.

L’artiste nous emmène en dehors de la forêt autrefois peuplée d’oiseaux exotiques pour nous confronter à une ambiance désertique. L’hostilité du milieu est tempérée par la vivacité des couleurs de tissus chatoyants. Les cactus aux allures de totems acidulés arborent une surface lisse et duveteuse que l’on pourrait étreindre longuement sans jamais s’y piquer. Les motifs font fleurir l’aridité comme une oasis de fraîcheur… un mirage peut-être ou un arc-en-ciel ? Pourtant, bien vite, on ne distingue plus vraiment s’il s’agit d’une plante succulente où d’un arbre en péril. Des champignons lignivores ont colonisé la surface et prospèrent au détriment de ce corps qui le nourrit silencieusement. Malgré les apparences, leur relation n’a rien de symbiotique ou de réciproque. Sous l’écorce, elle est parasitée et vampirisée sans scrupules : le charme discret d’une mort lente.

Dans la grande pièce blanche, sur un sol de béton comme un sable brûlant, les racines serpentent et se cherchent… sans jamais se trouver, sans jamais se rejoindre. L’eau, les ressources se font rares pour ces colosses isolés qui n’ont d’autre ombre que la leur pour se protéger du soleil ardent. Ils restent fiers, même si la communication autour et entre eux semble coupée. Droits et tendus vers le ciel, ils ont quelque chose de vénérable et de digne… de survivant. Car à travers la brume de chaleur, ce sont de moins en moins des cactus géants que l’on devine mais plutôt des silhouettes amputées, dont les capillarités se propagent comme des veines à la recherche d’un corps. Ces fantômes invisibles transforment l’expérience de l’exposition en une sensation…. celle de quelque chose de perdu mais auquel on est toujours attaché. Elle se transforme alors en une prise de conscience : ne pas attendre de perdre ce qui nous est cher ou de ressentir le manque pour commencer à apprécier ce que nous sommes et ce que nous avons. Alors peut-être que la vie cessera de faire planer des regrets et des remords comme des fantômes dans le désert…

Jusqu’au 20 septembre 2026
Plus d’infos :
https://tamarakostianovsky.com
https://www.instagram.com/tamara_kostianovsky
https://www.instagram.com/artyardcenter
https://www.instagram.com/slagrxgallery
ENGLISH VERSION:
“Phantom Limbs”: Tamara Kostianovsky at the ArtYard Center
This summer, Tamara Kostianovsky presents her new sculptures at the ArtYard Center in Frenchtown, halfway between New York and Philadelphia. She takes us on a journey to spectacular new landscapes… those of “Phantom Limbs”. The title is deliberately pronounced like the syndrome of a world where beauty is not free from pain and where the state of nature is intrinsically revealing of that of the flesh. Our intertwined destinies are neither a travel destination nor a postcard. They belong to reality.
The artist takes us beyond the forest, once teeming with exotic birds, to confront us with a desert atmosphere. The harshness of the environment is tempered by the vibrancy of the shimmering fabrics. The cacti, resembling tangy totems, boast a smooth, velvety surface that one could embrace for a long time without ever getting pricked. The patterns make the aridity bloom like an oasis of freshness… a mirage, perhaps, or a rainbow? Yet, very quickly, it becomes difficult to distinguish whether it is a succulent plant or a tree in peril. Wood-decaying fungi have colonized the surface and thrive at the expense of the body that silently nourishes them. Despite appearances, their relationship is anything but symbiotic or reciprocal. Beneath the surface, it is parasitized and vampirized without scruples: the discreet charm of a slow death.
In the large white room, on a concrete floor like burning sand, the roots meander and search for one another… never finding each other, never meeting. Water and resources are scarce for these isolated giants, whose only shade from the scorching sun is their own. They remain proud, even though communication around and between them seems cut. Upright and reaching towards the sky, they possess something venerable and dignified… something of a survivor. For through this heat haze, what one glimpses are less and less giant cacti and more amputated silhouettes, their capillaries spreading like veins in search of a body. These invisible phantoms transform the exhibition experience into a sensation… that of something lost, yet to which one remains attached. It then transforms into an awakening of awareness : not waiting until we lose what is dear to us or feel a sense of loss, to begin appreciating who we are and what we have. Then perhaps life will cease to haunt us with regrets and remorse like phantoms in the desert…
Until September 20, 2026
More information:
https://tamarakostianovsky.com
https://www.instagram.com/tamara_kostianovsky