Japon, Archipel des Arts au musée Crozatier 

Comme une envie d’ailleurs, de partir loin du quotidien… et se dépayser. Peut-être… à l’autre bout du monde ou alors dans une autre époque ?!. Tout simplement prendre le temps… celui d’une exposition, d’un été… ou même de plusieurs saisons. Car “il est bon d’avoir une fin vers laquelle voyager ; mais c’est le voyage qui compte, en fin de compte.” Et c’est ce que propose le musée Crozatier, jusqu’au 4 janvier 2026, avec sa nouvelle exposition temporaire “Japon, Archipel des Arts” : partir à l’aventure du temps et de l’espace à travers 6 salles et plus de 400 objets rassemblés par un collectionneur privé ou prêtés par des musées de la région Auvergne-Rhône-Alpes. 

Dès l’entrée, un maneki-neko blanc accueille le visiteur, la patte levée… présage d’un moment de bonheur. Passé le seuil… comme un coffre entrouvert, la lumière surgit savamment de l’obscurité comme une invitation à regarder à l’intérieur… un secret révélé. Si chaque salle a sa thématique, l’expérience de l’art japonais est un tout indissociable… un trésor inoubliable ! 

D’abord, faire connaissance… être le témoin d’une rencontre historique… et de regards croisés entre l’Est et l’Ouest… l’Europe et le Japon. L’échange culturel se bâtit sur fond de découverte et d’échange commercial. De part et d’autre, les artistes nourrissent une curiosité et un intérêt nouveau pour le monde et l’altérité. Le voyage transforme l’image aussi bien dans l’art que dans les esprits… comme un nouveau paysage ou un nouveau visage… la promesse d’une expérience inédite.

Ensuite, se concentrer sur le geste qui épouse l’encre dans l’intimité du papier… une harmonie qui se diffuse dans la poésie, les caractères calligraphiés ou les estampes. De l’art des mots à l’art de la guerre, une armure de samouraï impose par sa présence et sa sophistication… une parfaite synthèse des exigences du combat et des cérémonies… incarnation du statut social et militaire… jusqu’au bout des armes. 

Mais il est temps de passer à table ! Les porcelaines japonaises, utilitaires ou décoratives, ont suscité un fort engouement en Europe (et notamment aux Pays-Bas)… en bleu et blanc ou en couleurs… florales et délicates… ou encore narratives. S’attacher à ces figures en pleine action et se prendre d’affection pour ces animaux kawaii… chat, chien, singe ou lapin. Une symbiose entre culture et nature, qui s’illustre aussi dans le format miniature des netsuke. Les images et les objets, en eux-mêmes, racontent une histoire… une vie et une époque. Toujours sublimer le geste, le savoir-faire… le temps qui passe et l’impermanence des choses (mujô) jusque dans les détails du quotidien. Il faut alors mettre de côté la linéarité occidentale du passé vers le futur pour se concentrer sur l’instant présent et l’éternel recommencement. Un autre état d’esprit hérité du bouddhisme et que l’on retrouve dans la cérémonie du thé (chanoyu)… un art en soi et un moment suspendu où chaque ustensile participe au respect d’une esthétique codifiée. Tout relève d’un long apprentissage comme on apprend à vivre. Le visiteur en fait l’expérience sublime et minutieuse. 

Encore, se laisser séduire par la sensualité précieuse des laques qui jouent avec les matériaux comme une seconde peau. Sève, métal saupoudré et incrustations précieuses… motifs décoratifs et symboliques… presque rien n’échappe à cette technique qui illustre un haut niveau de raffinement et va s’exporter bien au-delà des frontières du Japon. Les sacs, les boîtes, les vases, les tabatières, les contenants… deviennent aussi, voire plus, importants que le contenu… indissociables comme le corps et l’esprit. 

Mais aussi, habiller le corps de soie et de motifs floraux ou géométriques… le kimono déploie ses “ailes” et toute son envergure comme un tableau en mouvement. L’habit, social, se fait décor. Théâtral, l’art japonais l’est aussi au travers du jeu de ses acteurs, ses costumes et ses masques expressifs. 
Enfin, finir où tout à commencer… et remonter le cours de l’encre pour voir apparaître l’”image d’un monde flottant” (ukiyo-e)… ces estampes qui ont transporté les créatures imaginaires, les paysages et les figures emblématiques du Japon jusqu’en Europe et les toiles impressionnistes…

Plus d’infos :

https://www.musee.patrimoine.lepuyenvelay.fr/

https://www.instagram.com/musee_patrimoine_le_puy/

Citation E. Hemingway