Tomáš Jetela ou le Paysage Inséparable

Et si l’art était de se fondre dans le paysage ? On habite le paysage comme le paysage nous habite dans une étreinte mutuelle inséparable. Il n’y a qu’un degré d’éloignement mesurable à partir du regard… de notre champ de vision… de ce point de vue unique et personnel. Le paysage existe au-delà de notre perception, qu’il soit intérieur ou extérieur… omniprésent. Le corps et le regard ne sont qu’un point dans l’espace de ce paysage qui nous appartient… au-delà du perceptible et de notre propre conscience. Chacun… ami, inconnu, spectateur… prend part et complète le tableau… une œuvre collective. 

Courtesy Tomáš Jetela – Une Bacchante dans un orage et dans la lumière du matin, en même temps,
230 x 190cm, huile et acrylique sur toile, 2024

S’affranchir du format “Figure”, “Paysage” et se libérer du carcan des genres pré-établis pour rendre le paysage figuratif et la figure paysagère… c’est finalement réconcilier l’homme et son environnement… réunir ce qui n’aurait jamais dû être séparé… l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible… un état naturel des choses. Plus rien n’est secondaire ou anecdotique et tout est finalement à sa place… grandi infiniment. 

Courtesy Tomáš Jetela – Madonne et la bête d’un autre monde, 230 x 190 cm, acrylique sur toile, 2024

Les œuvres récentes de Tomáš Jetela, si elles ne sont pas sans résurgences venues de la Renaissance italienne au surréalisme, matérialisent pourtant une forme d’aboutissement de cette quête du paysage et de soi-même… une symbiose. Il ne cherche pas le réalisme ou l’abstraction… il cherche un espace intermédiaire et théâtral où se jouent toutes les comédies et les tragédies…un espace de vérité par la coexistence exhaustive et simultanée des passions humaines. Le paysage en devient surnaturel puisqu’il confronte le “déjà-vu” au “jamais-vu”… cette sensation proche de l’inquiétante étrangeté. 

Courtesy Tomáš Jetela

C’est un paysage idéal et imaginaire… celui d’une villégiature existentielle à travers les âges  et les dimensions. Il suggère ce qui existe au-delà des toiles monumentales… un mouvement perpétuel de nos paysages changeants et qu’il faut les explorer sans a priori… partir à l’aventure des rêves et des mondes possibles… faire l’expérience de la découverte du meilleur comme du pire… de la mort et de la vie… s’émerveiller et se faire peur… dans un foisonnement de couleurs et d’informations paradoxales. Il ouvre le crâne et les esprits comme on ouvrirait un historique de recherche et que toutes les images surgissent à l’écran… remémorées en un instant… comme ce sursaut de conscience ultime. Le paysage est libre comme il est captif. Il devient la synthèse du lieu, du sujet et de l’objet… une entité à part entière… surpuissante… qui ne s’endort et ne meurt jamais. Il se transforme… pour exister toujours… au-delà du jour et de la nuit… 

Courtesy Tomáš Jetela – Noix volant entre le chandelier invisible et le peintre caché, 200 x 150cm, 2023

Et ce n’est pas parce que la toile… cet autre… sort de notre champ de vision, qu’elle n’existera plus. L’autre existe continuellement tant qu’un paysage commun nous appartient… nous lie… que nous pouvons nous y retrouver… dans une action ou un souvenir… une paréidolie. A la frontière de l’introspection et de l’extrospection, il n’existe plus qu’un panorama que l’on appelle contemplation. L’œuvre est un morceau choisi de cette contemplation… un regard partagé… une parcelle d’émotion.

L’émotion naît ici de cette effroyable harmonie du monde… intimement grotesque et pittoresque… un paysage inséparable !

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https://www.instagram.com/tomasjetela/