
Avec cette première oeuvre, on apprécie ce qui caractérise plus largement son œuvre… à savoir une palette réduite qui permet de se concentrer sur la finesse du dessin et des détails… proche de la gravure.
Les touches de blanc en arrière plan mais qui se voient en transparence apportent de la lumière à l’instar d’un rehaut. Le blanc n’épouse toutefois pas les lignes du dessin mais sont des notes abstraites et spontanées, presque accidentelles qui apportent une dynamique particulière à la composition.
Le support en bois donne un ton chaud à la composition mais aussi un peu vintage, à la manière des photographies anciennes. La bordure un peu plus foncée permet de se focaliser sur le personnage central.
La beauté du personnage féminin qui se tient au centre contraste avec le crâne qu’elle tient entre ses mains. Dans l’histoire des vanités, on ne ressent pas la crainte en jouxtaposant la vie/la jeunesse et la mort… Il en va de même ici, alors même qu’un second crâne se distingue en filigrane devant le visage de la femme, comme une projection de son destin. Elle le chérit même comme l’une de ses possessions, un accessoire précieux qui souligne encore sa beauté. Elle se tient debout, le port haut dans une robe dos-nu, le visage tourné vers l’arrière sans toutefois regarder l’observateur. Le regard est assuré et encore affirmé par la frange d’un carré impeccable.
Le portrait tutoie également la nature morte car on retrouve les fleurs noires et blanches “signature” d’Éric Lacan, à la fois sur sa tête et dans son dos, comme un autre accessoire de beauté mais aussi une nouvelle allusion à la vie en parfait état de floraison mais éphémère. Une fleur dorée vient rappeller le bijou sur son visage.
Un élégant Memento Mori.

Sur cette toile, on remarque à nouveau le pouvoir dynamique voire explosif du blanc pour éclairer la composition et faire ressortir tous les détails du dessin. Le contraste avec un camaïeu de gris apporte, peut-être paradoxalement, une grande douceur et harmonie à l’ensemble puisque les tons se fondent parfaitement et se renforcent autant dans la lumière que dans l’obscurité… l’alliance des contraires.
Une jeune femme est toujours présente au centre (mais peut-être moins protagoniste dans cette oeuvre) car elle apparaît comme un élément plus immobile… une fleur parmi les fleurs… une nature morte. Elle n’est pas au premier plan mais un peu en retrait, le corps de profil et le visage légèrement tourné vers l’observateur. Ses yeux et une partie de son visage comme son corps restent dans l’obscurité. Autour d’elle, de nombreux éléments semblent comme jaillir de la toile. Depuis le bas de la composition jusqu’en haut, on retrouve les fleurs noires et blanches et des branchages. A ses côtés et au premier plan, un vautour tenant un petit crâne dans son bec viendrait presque lui voler le rôle principal… Le rapace dévoreur de charognes et la belle jeunesse cohabitent à nouveau (paisiblement bien que leurs regards soient dirigés à l’opposé l’un de l’autre).
On aperçoit également une double évocation de la mort avec des crânes parfaitement représentés… telle une gravure anatomique… Ils semblent flotter voire projetés dans l’air. Celui en haut à gauche a la mâchoire ouverte et l’on ne saurait dire s’il avale ou recrache des fleurs mêlées de plumes (de vautour ?). L’autre crâne a également une fleur entre les dents mais dissimule une partie du visage de la femme pour ne laisser apparaître que son oeil droit…. donnant l’illusion d’un casque… fatal.
Plutôt migraine ou insomnie ? …..

Retour sur l’oeuvre précédente mais avec un gros plan sur… le vautour.
C’est un aspect du travail d’Eric Lacan que je n’ai pas encore abordé. En effet, si l’oeuvre dans son ensemble témoigne d’un soin scrupuleux des détails et d’un grand sens de l’observation, il faut s’intéresser ici à l’animal.
Oiseaux, rats, chats ou autres animaux que d’aucuns qualiefieraient parfois de “nuisibles” s’invitent souvent dans ses oeuvres voire en deviennent le sujet principal. On se retrouve à nouveau face à une parfaite connaissance anatomique de ces animaux, à la manière d’une gravure scientifique… le contraste du noir et du blanc ne faisant que rehausser la précision du trait.
Avec ce vautour, on remarque qu’il bénéficie, en transparence, de la lumière apportée par le blanc appliqué comme fond relativement abstrait. On peut d’ailleurs encore voir les traces de pinceau, brossé, en arrière plan. En plus de la couleur, cela ajoute également un contraste par rapport aux détails de l’animal et à la touche quasi-imperceptible.
Le duvet de la tête et son long cou est plus fin et velouté que celui du bas du cou qui forme une colerette assez légère et volatile alors que le plumage du corps est plus lourd, formé de véritables plumes. En l’observant on a donc une appréciation immédiate de la “texture” de l’animal. S’agissant d’un vautour, le conduit auditif est apparent et la peau marque des plis autour de l’oeil. Il tient un crâne humain miniature dans son bec acéré (étant certes nécrophage mais ne pouvant transporter grand chose avec ses pattes non préhensibles).
C’est l’occasion de confronter les regards et d’établir un nouveau rapport de force entre l’homme et l’animal ; tout en rappelant que d’une certaine manière la vie se nourrit aussi de la mort.

Je ne reviens pas ici sur l’utilisation du blanc et la précision technique du dessin.
Cette composition est d’une beauté ambiguë parce qu’elle suscite à la fois l’attraction et le danger.
Tout d’abord, les deux femmes aborent chacunes un vêtement élégant à motifs dévoilant des épaules séduisantes. Le buste et le visage de trois-quart, elles regardent l’observateur droit dans les yeux avec détermination. L’une se tient légèrement plus haut que l’autre, formant une belle diagonale dans la composition.
Cette diagonale, la posture et le regard me font penser à une carte de jeu… une dame de pique… femme fatale.
Les deux femmes apparaissent aussi complices par le leur proximité que rivales en étant dos à dos. Elles sont coiffées de crânes, de fleurs et de branchages qui sont comme des accessoires de mode dévorants et sublimes. On remarque alors un corbeau bec ouvert et les ailes déployées, ainsi que plusieurs oiseaux (des merles ?) en détresse ou morts… les fameux “oiseaux de la voisine” sont en mauvaise posture…
Le détail le plus fatal est sans doute contenu dans le geste de la main délicate de la femme de droite qui tient un oiseau mort (tête en bas) pincé entre ses deux doigts, sans grande affliction mais plutôt comme un trophée de chasse… Une Diane toute puissante !

On s’attarde à nouveau ici sur le détail animalier et floral d’une oeuvre. On y découvre un autre spécimen de vautour dont on remarque qu’il n’est pas de la même espèce que le précédent. Son duvet soyeux et brillant recouvre également son visage et participe à dessiner un regard affirmé, tout en accentuant le mouvement ascendant déjà annoncé par la courbe prise par son cou jusqu’à la pointe de son bec crochu.
La trace blanche suit la même oblique et semble baigner le visage de l’animal de lumière autant qu’elle sert de rehaut en arrière plan.
La juxtaposition du duvet avec l’aile de l’animal permet de faire ressortir le contraste et de comparer la texture des plumes. Les ailes ont des plumes beaucoup plus noires et rigides. On mesure alors mieux l’envergure et la force du carnassier. Sous lui, les fleurs semblent au paroxysme de leur floraison et de leur beauté… à moins qu’elles ne soient éternelles. La finesse et la fragilité des pétales est palpable… tranchant avec la robustesse du vautour qui pourrait, d’un battement d’ailes, faire s’envoler ensemble plumes et pétales… les deux ayant pour qualité commune cette grâce volatile et éphémère.

On retrouve dans cette composition, plusieurs caractéristiques évoquées précédemment en termes de lumière et de réalisme du dessin.
Ici la femme est seule au centre de la composition, émergeant parmi les fleurs et concentrant la lumière autour d’elle. Le visage légèrement en arrière et l’oeil dirigé vers l’observateur lui donne un air élégant et imposant. Son visage est à moitié dissimulé et sa tête ornée d’une coiffe démesurée composée de trois grands crânes, de fleurs, de branchages, d’un squelette de poisson et d’un lucane placé tout en haut comme juché sur un poste d’observation.
On discerne malgré tout la naissance de sa chevelure depuis sa nuque et qui remonte pour se fondre dans ce couvre-chef aussi superbe qu’excentriquement fatal. Autre accessoire, en guise de boucles d’oreilles, pendent de petits poissons, comme ferrés par l’attrait de sa beauté. La mort apparaît alors bien futile.
L’organisation des différents éléments, le corbeau au premier plan, ainsi que les traces de pinceau à l’arrière plan, donnent un mouvement ascendant à la composition, une agitation tourbillonnante ; explosive. Plus peut-être que sur les autres toiles présentées jusqu’à présent, on remarque les coulures de peinture (tantôt grises, tantôt noires comme l’encre) qui apportent une certaine dramaturgie. La nature morte suinte comme une pluie (d’eau ou de sang), tandis que le blanc sur la joue de la jeune femme laisse apparaître ce qui pourrait être des larmes… une égérie de la nature mourante.

On termine cette sélection par un focus sur un autre détail d’oeuvre.
La fusion, et même la confusion de la mort et de la vie, y est totale puisque l’on découvre le crâne non plus comme élément extérieur ou accessoire, mais directement en transparence, sous la peau visage de la femme… comme une radiographie. La mort est intériorisée et incarnée.
Sa bouche entrouverte nous conduit naturellement et sans rupture vers une rangée de dents et une mâchoire osseuse qui contraste avec la douceur de la pommette et de la joue encore charnues qui la découvrent.
Son regard brillant et éclatant de jeunesse et de vie, est porté directement sur l’observateur. Aussi séduisant soit-il, il est aussi, tout en même temps, le regard et le miroir de la mort… L’orbite de son oeil gauche apparaît d’ailleurs plus creusé et “crânien”.
Les fleurs se mêlent à ses cheveux dans un mouvement à la fois rond et léger, tandis qu’un branchage donne l’impression qu’elle a des bois sur le côté gauche de sa tête.
C’est enfin et surtout le cercle doré et ornementé qui entoure son visage qui attire l’attention et sublime ce détail du tableau. Non seulement, la forme fait écho au format rond du tableau, mais il créé une aura de lumière, et même de sainteté, autour de cette figure nimbée… une icône.