TOMÀŠ JETELA : FIGURATION ET TRANSCENDANCE

Se limiter à décrire l’oeuvre de Tomáš Jetela comme « l’art tel qu’il devrait être » serait sans doute un raccourci à la fois trop sommaire pour en révéler la juste valeur et un tantinet brutal pour la grande diversité des expressions artistiques indispensables pour faire une époque.

Pourtant, c’est avec ce jugement sans doute partial et provocateur, que j’introduis cet article pour mettre en évidence qu’il y a là quelque chose de spécial et de rare, de l’ordre du génie.

Tomáš Jetela est un artiste tchèque qui a su démontrer que l’expressionnisme figuratif a gardé toute sa pertinence dans l’art contemporain. La prouesse n’est pas que technique mais d’ordre intellectuel, psychologique ; ce que j’aime qualifier avec le terme allemand d’ « innere Schau » (ou « vision intérieure »). Ce sont des portraits qui peuvent être quelqu’un mais tout aussi bien n’importe qui… le corps n’étant finalement qu’un prétexte. On se retrouve face à eux, face à nous-mêmes ; introspectifs. On y voit moins la personne qu’un état d’esprit, une sensation intérieure.

La toile n’est pas là pour « faire joli » et encore moins pour faire comme tout le monde. La priorité n’est alors pas d’être plaisante, séduisante ou décorative, mais de faire réagir et surtout ressentir ; même inconsciemment. Elle interpelle et ne peut laisser indifférent celui qui la regarde ; quitte à s’avérer clivante.

C’est d’ailleurs sans doute là que réside le plus grand réalisme, pas celui que l’on voit mais celui que l’on ressent… une expérience du Soi profond. N’en déplaise aux happiness managers et aux vendeurs de rêves, la vie émotionnelle est un panel d’états d’âme, plus ou moins vulnérables, et il n’est de plus grand art que celui qui arrive à s’en saisir sans détour ni concession.

S’il s’agit bien d’un expressionnisme, parfois ponctué de citations à des maîtres du genre, mais qui se caractérise toujours par une grande originalité. Il offre un regard nouveau sur l’homme d’aujourd’hui et invente un langage artistique singulier, personnel, qui ne sombre ni dans la facilité, ni dans l’imitation.

La touche est vive, la ligne est claire et déterminée, presque évidente, pour souligner une expression, un geste, une posture. Parfois la silhouette s’étire, dans un effet brossé, comme un instant furtif, lancé à pleine vitesse, où la réalité du corps est là sans être là ; un mirage -rêve ou fantôme. Les visages, comme la carnation, souvent pâles, parfois veinés, ont leur vécu, leurs pensées, leurs violences intérieures et leurs secrets impénétrables. Les regards, à la pupille noire qui émerge de cette pâleur, projettent autant qu’ils absorbent. Ils sont tantôt évasifs tantôt frontaux comme une prise à témoin directe et sans échappatoire. On ne sort pas indemne de la confrontation. Les figures blêmes mais lumineuses se détachent sur des fonds plus abstraits, qu’il s’agisse d’un simple vide ou d’un agrégat plus complexe de morceaux colorés, de collages… l’ oeuvre s’épaissit, se texture et devient composite, comme des bribes de souvenirs et d’existence.

En résumé, Tomáš Jetela semble manier avec une aisance et un talent insolents, la complexité de l’être.

Pour en savoir plus :

https://www.tomasjetela.com/

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https://www.instagram.com/tomasjetela/?hl=fr

Tomáš Jetela (détails)