INTERVIEW – STAN MANOUKIAN

Après un article publié il y a quelques semaines, on retrouve Stan Manoukian pour lui poser quelques questions sur son travail méticuleux et plein de mystères.

  • Quand on regarde tes « work in progress », on a l’impression d’une construction très ordonnée par morceaux du dessin mais quelle direction suis-tu pour organiser ta composition ?

Pour mes dessins je pars toujours d’une base construite qui a été décidée au stade du croquis. La construction d’une image est la chose la plus importante. C’est de cette façon que l’on décide où va se poser le regard du spectateur. Il y a des règles de base à suivre qui ont fait leurs preuves à travers les siècles, mettre les éléments importants sur l’une des deux diagonales par exemple ou diviser son image en quart ou en tiers pour placer ses personnages, mais il y en a plein d’autres. Je m’en écarte malgré tout assez souvent en suivant mon instinct car avec la pratique j’ai appris à ressentir ce qui fonctionne ou pas. Je donne également de plus en plus d’importance aux directions ou aux zones de lumières et je délimite les plans suivant leurs profondeurs, ça permet également de focaliser l’attention sur ce qui me semble important et donner de l’ambiance à l’environnement.

  • Combien de « couches » de dessin, à partir de l’esquisse, sont nécessaires pour arriver à l’œuvre finale ?

Ça dépend de la technique que j’utilise mais globalement je commence toujours avec la construction de mon dessin au crayon rouge sur mon support en me basant d’après mon croquis. Je reporte tous les détails, la moindre feuille ou champignon, je peaufine la position et les détails de mes personnages mais je n’indique pas les ombres. Une fois fait, je commence avec mes crayons. Par le haut à gauche quand c’est un grand dessin car ça m’évite d’étaler le graphite sur le reste de la feuille. Mon croquis me sert de référence pour l’ambiance, les ombres et la lumière. Je monte progressivement le contraste en allant de plus en plus foncé en utilisant des crayons de plus en plus gras. Je travaille comme ça progressivement sur tout le dessin. Une fois que cette étape est finie j’ai enfin une vue d’ensemble et je reviens de nouveau dessus pour assombrir certaines zones ou les estomper.

Pour les dessins à l’encre c’est plus délicat car il est impossible de gommer ou d’estomper, j’utilise des pointes plus ou moins larges suivant le niveau de noirceur que je veux obtenir et je ne fais aucune retouche au blanc… Alors je dois bien réfléchir avant d’encrer !

  • Réalises-tu toujours des sketches de plus petit format avant de te lancer sur l’œuvre de plus grande dimension ? Quelle est l’importance de cette étape ?

Oui toujours, même pour les petits dessins. Je fais plusieurs croquis avant de me décider sur lequel je vais me lancer. C’est une étape cruciale car c’est là que la majorité des choix se décident, si l’image est bien construite, si elle est dynamique ou statique, les directions de lumières, etc… Pour un grand dessin il m’arrive de faire plusieurs versions du même croquis, un pré-sketch en quelque sorte que je refais en plus grand en l’améliorant et en rentrant dans les détails. Je peux faire aussi des recherches de personnages en parallèle quand je ne suis pas certains de leurs apparences.

Le Baron – 50 x 57 cm – 2017 – Pierre noire
Le Baron – Sketch – 14 x 17 cm – 2017
  • Certaines de tes créatures ont des noms mais les as-tu toutes baptisées ?

Beaucoup ont des noms oui, mais pas tous ! Quand j’ai débuté mon travail sur les monstres j’en dessinais un par jour et chacun avait un nom. C’était plus facile car c’était des créatures uniques ou bien des familles, mais plus mes dessins se sont complexifiés plus c’est devenu compliqué de baptiser cent bestioles sur un dessin ! Maintenant c’est parfois le nom du personnage principal qui devient le titre de l’œuvre mais ce n’est pas une règle.

Hariel et Haziel – 28 x 24 cm – 2019 – Mine de plomb
  • As-tu un format de prédilection et si oui, combien d’heures de travail cela représente-t-il en moyenne ? … Et en nombre de crayons 😉 ?

Non je n’ai pas de format préféré, je le choisis en fonction du thème, des idées qui me viennent, pour l’harmonie de l’ensemble d’une expo, d’une commande ou bien de mon envie du moment. Bien sur un grand format ne demande pas la même énergie et finalement j’en fait assez peu de de cette taille. Je suis actuellement en train d’en dessiner un de 190 x 130cm, j’ai presque fini la moitié et j’ai utilisé déjà une quinzaine de crayons :-D.

  • As-tu une espèce ou un animal qui t’inspire particulièrement ?

Ça dépend des périodes, en ce moment ce sont les félins, les canidés et les hiboux. Mais aussi les lémuriens, les poissons, les corbeaux et plein d’autres ! J’aime dessiner les plumes, les poils et les branches. Je construis un peu mes créatures comme des chimères, ce sont pleins d’éléments d’animaux différents assemblés ensemble.

  • Tu partages parfois des images d’animaux assez insolites. En quoi la recherche de nouvelles espèces animales est-elle un vecteur important de ton inspiration et de l’invention de nouvelles créatures ?

Ça me donne des idées, parfois sur des assemblages d’éléments qui peuvent paraître incongrus ou sur des proportions bizarres. Mais au final ça me conforte surtout dans l’idée que je n’invente pas grand-chose et que la nature est bien plus inventive que moi.

  • En 2007, tu commences à dessiner un monstre par jour et ce pendant trois années. A quand une intégrale du Diary of inhuman Species en NFT chez Christie’s 😉 ?

Oh mais c’est une très bonne idée ça ! Tu prends combien comme pourcentage ?

Décembre 2007

Janvier 2009

LE QCM :

  • Plutôt commission ou création libre ?

Création libre

  • Plutôt monstres de Jérôme Bosch ou Yokaï de Shigeru Mizuki ?

Shigeru Mizuki

  • Plutôt cabinet de curiosité ou Museum d’histoire naturelle ?

Cabinet de curiosité

  • Plutôt un bon crayon ou un bon taille-crayon 😉 ?

Taille-crayon

  • Plutôt forêt ou clairière ?

Forêt

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