Le travail de Maxime Drouet, je l’ai découvert grâce à la galerie Openspace il y a déjà quelques années. C’est plus spécialement la mise en scène très réussie du Midnight Express, à l’occasion de la 4e édition de la Urban Art Fair à Paris en 2019 (dont je garde un souvenir sans doute assez nostalgique d’un événement artistique « avant Covid »), qui a été un révélation. L’alignement de caissons lumineux rétroéclairés dans des fenêtres et des portes de trains, aux couleurs vives et énergiques, le tout dans une ambiance de couloir noir, comme plongé dans l’obscurité… une totale immersion. Plus habituée à m’émouvoir devant une Å“uvre figurative, cette abstraction m’a conquise et je vais tenter d’en transcrire les raisons et le sentiment qui s’y attache.
On se souvient de Subway Art de Martha Cooper et de ce lien inéluctable entre les origines du graffiti et de l’art urbain avec le monde du rail (train, métro…). Pourtant, avec l’oeuvre de Maxime Drouet, ce n’est pas un nom, un lettrage que l’on poursuit à toute vitesse mais c’est bien plus encore la lumière elle-même. On peut observer le train de l’extérieur mais l’effet est d’autant plus saisissant que l’on se retrouve dans la posture du passager.
Pour bien le comprendre, faisons un voyage imaginaire (ceci n’est pas une leçon de méditation) qui doit faire jaillir l’art dans l’esprit de ceux qui pourraient être tentés de crier au vandalisme à la moindre trace de peinture sur la vitre de leur wagon ; un peu comme ce passager qui se proclame propriétaire d’un siège parce que c’est marqué sur son billet mais qu’il ne s’est pas encore rendu compte qu’il n’était pas dans la bonne voiture.
Alors prenez garde à la fermeture automatique des portes, attention au départ !
Et si c’était là une nouvelle expérience muséale, prendre une place de train et faire un voyage au cÅ“ur de l’art et de la lumière. Pas de cimaises, que le verre des fenêtres pour horizon. La place idéale serait sans doute côté couloir (pour avoir un peu de recul, sens de la marche ou non peu importe pourvu que la lumière soit), dans un « carré famille » ou, comble du confort, en première… pas pour frimer mais pour être sûr d’avoir une grande fenêtre en entier et pouvoir profiter au mieux de l’expérience. On évite naturellement le voisin grognon qui nous raconte qu’il voulait voir le paysage morne et ennuyeux des plaines interminables ou, au contraire, celui, bien plus redoutable, qui ne supporte pas la lumière et a décrété unilatéralement que le store devrait rester baissé jusqu’à l’arrivée. De même, on laisse sagement les rideaux latéraux repliés misérablement dans leur poussière et qui retombent, tout au plus, avec un petit effet théâtral.
Le train se met en mouvement, et la lumière balaie les fenêtres pour agiter les couleurs. L’intérêt n’est plus le paysage extérieur mais l’ambiance intérieure qui change au gré de la météo et des heures qui passent ; comme une introspection. L’oeuvre est non seulement en mouvement mais prend vie… toujours la même mais jamais vraiment la même. Que le soleil brille et irradie le wagon, que les ombres (des arbres et nuages) s’invitent dans la scène ou que la pluie vienne jeter contre les vitres et dessiner de nouveaux motifs sinueux ou perlés… le spectacle continue. L’oeuvre n’est pas statique, c’est une animation de l’instant. Le coucher ou le lever de soleil seraient alors tout aussi merveilleux que sur un bord de mer… quant à la nuit et ses lumières artificielles, ajouteraient un rythme dynamique faisant surgir la couleur de l’obscurité (sans doute d’une manière proche de l’ambiance recréée à la Urban Art Fair).
Le verre appelle la couleur comme une évidence pour exploiter au mieux la lumière, à l’instar de vitraux, pour concevoir des cathédrales sur rail (que serait la Sainte-Chapelle sans ses vitraux colorés et cette lumière envahissante…). L’oeuvre se diffuse à l’intérieur, inarrêtable, jusqu’à engloutir l’ensemble, jusqu’au passager-spectateur. C’est peut-être cela l’oeuvre totale !
Briser la vitre, comme l’a admirablement proposé Maxime Drouet pour ses récentes éditions, c’est encore jouer avec l’univers du train mais c’est aussi proposer de nouveaux motifs, un réseau de fissures qui, outre une certaine violence, redistribue les forces et l’appréciation des formes et des couleurs. La fragilité rencontre alors admirablement la résilience.
Appliquée, vaporisée, brossée, la couleur et ses effets se réinventent, quitte à mutiler, au passage, quelques bombes de peinture à coup de clous… Elles se fondent, se mélangent, dégoulinent dans une harmonie saisissante.
Avec Maxime Drouet, on ne peut donc que se réjouir qu’un train puisse en cacher un autre !
Pour en savoir plus :
https://www.instagram.com/manksimedrouet/?hl=fr
https://www.maximedrouet.com/demarche

Image : Maxime Drouet